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Deuxième rencontre : Qu'est-ce qui motive les salariés du secteur associatif ?

Présentation

La Chaire d’Economie Sociale et Solidaire de l’Université Paris-Est Marne la Vallée et ses partenaires, ont organisé leur deuxième rencontre trimestrielle Chercheurs–Acteurs, à propos d’une étude comparative de la motivation intrinsèque (hors rémunération) des salariés dans le secteur associatif et dans le secteur privé, le jeudi 10 juin 2010.

Autour de la thèse de Mathieu Narcy, Maître de Conférences à l’Université Paris Est Créteil, chercheur au Laboratoire Erudite et CEE, intitulée La motivation intrinsèque des salariés, une comparaison entre le secteur associatif et le secteur privé, qui montre que les moindres salaires dans le secteur associatif (inférieur de 13 % à ceux du secteur privé) sont à relier à une motivation intrinsèque supérieure, dont les conditions d’existence par nature fragiles pourraient être facilement remises en cause par les évolutions actuelles.

Après une présentation de ses travaux par Mathieu Narcy, réagiront
* des salariés d’association
* une DRH d’un établissement sanitaire et social
* un délégué syndical d’une association
* un directeur de Centre social
* un représentant employeur du secteur associatif

Et, bien sur, tous ceux qui assisteront à cette rencontre.

Intervenants

Mathieu Narcy est Maître de Conférences à l’Université Paris Est Créteil, et chercheur aux Laboratoires Erudite et CEE

Il a soutenu en Janvier 2007 sa thèse de doctorat consacrée  à « La motivation intrinsèque des salariés, une comparaison entre le secteur associatif et le secteur privé »

Bibliographie

Le travail associatif : des salariés intrinsèquement motivés

Mathieu Narcy, Université de Créteil

Echos

Compte rendu dans la Lettre CIDES/Chorum - Juin 2010

Compte rendu

Qu'est-ce qui motive les salariés du secteur associatif ?

Les propos retranscrits dans cet article par l'équipe d'Alternatives Economiques ont été recueillis lors de la deuxième rencontre trimestrielle chercheurs-acteurs de la chaire économie sociale et solidaire de l'université de Marne-la-Vallée, le 10 juin 2010, dont le thème était une étude comparative de la motivation intrinsèque (hors rémunération) des salariés dans le secteur associatif et dans le secteur privé.

L'hypothèse de départ est que les valeurs défendues par les associations sont la principale motivation de leurs salariés qui fournissent un effort au travail plus élevé pour un salaire moindre que leurs homologues du privé, tout en en tirant davantage de satisfactions.

Les salariés du secteur associatif sont-ils particulièrement stakhanovistes ? Non seulement ils gagnent moins bien leur vie que dans le privé, mais en plus ils ne ménagent pas leurs efforts… L'économiste Mathieu Narcy, de l'Université de Créteil, a cherché à savoir ce qui les motivait. Ses recherches visent en effet à déterminer si les salariés des associations sont davantage motivés « intrinsèquement » que leurs homologues du privé, sachant que la motivation intrinsèque « ne dépend pas du versement de récompenses monétaires mais résulte de la participation du salarié à une activité à laquelle il accorde de la valeur » [1].

Selon lui, les 150 000 associations employeuses recensées en France, qui comptent près de 1,8 million de salariés, se distinguent du secteur privé lucratif par deux spécificités : « une contrainte de non-distribution du profit censée être garante d'une gestion désintéressée », ainsi que « la production de biens et services sociaux ». Deux spécificités qui leur permettraient d'attirer des profils de travailleurs sensiblement différents de ceux qui se tournent vers le privé.

Mathieu Narcy a cherché à tester empiriquement cette hypothèse en analysant les différences de salaire et d'effort au travail entre salariés du secteur associatif et du secteur privé lucratif. Tout d'abord, le chercheur a montré qu'en choisissant de travailler volontairement pour une association, ces salariés acceptent en moyenne des salaires 13,8 % plus faibles que ceux qu'ils auraient pu percevoir dans une entreprise classique. « De plus, ce sacrifice salarial ne s'accompagne pas par un effort au travail plus faible de la part des salariés du secteur associatif. Au contraire, il semble que ces derniers produisent un effort au travail plus élevé que celui qu'ils auraient fourni s'ils avaient travaillé au sein du secteur privé », ajoute Mathieu Narcy. Ces deux éléments - don de salaire et don d'effort - permettent donc d'affirmer que les salariés de l'associatif sont bien plus intrinsèquement motivés que leurs homologues du privé.

Des valeurs mobilisatrices

Mais ce n'est pas tout : plus motivés, les salariés du secteur associatif sont également plus satisfaits de leur emploi. Et cela grâce à la plus grande autonomie dont ils disposent, au caractère moins répétitif de leurs tâches, ainsi qu'à la facilité qu'ils ont à mettre en pratique leurs idées dans leur travail. Résultat : « les salariés des associations souhaitent travailler plus longtemps que leurs homologues des entreprises privées et, pour les inciter à travailler une heure supplémentaire, la compensation salariale qu'ils exigent est moindre », estime Mathieu Narcy.

Marion Damiane, apprentie à la délégation du Val-de-Marne de l'Association des paralysés de France, se reconnaît assez bien dans la description faite par le chercheur : « Ma première motivation, ce sont les valeurs que défend l'association. On ne choisit pas le secteur associatif par hasard ! » Au-delà de la portée sociale de son travail, elle apprécie d'être sur le terrain, ce qui lui permet de constater l'impact de ses actions. Enfin, en tant qu'apprentie, on lui a confié un poste à responsabilités : elle est en charge de la gestion du réseau de bénévoles dans tout son département. « L'avantage du secteur associatif est qu'il propose de l'autonomie et des postes à responsabilités pour des jeunes étudiants comme moi », considère-t-elle. « Humanisme, solidarité, partage, échange : voilà les valeurs qui motivent mon engagement dans le secteur associatif », résume Jallal Ammar, salarié d'une association agréée centre social et accueil de loisirs. Et d'ajouter : « L'argent n'est pas ce qui m'intéressait. »

Des situations variées

Bien sûr, les travaux de Mathieu Narcy pointent des moyennes. La réalité est plus contrastée, comme en témoigne l'expérience de Delphine Dutto, actuellement DRH de l'Association de parents d'élèves handicapés mentaux (APEI) des Hauts-de-Seine : « Les motivations peuvent être assez différentes d'une structure à l'autre, ou en fonction de l'âge et des caractéristiques socioprofessionnelles. Certes, les valeurs sont très mobilisatrices. Mais au-delà, les situations sont variées. » Fidèle au secteur associatif, elle a fait carrière dans quatre types d'associations différentes, et à chaque fois la motivation des salariés qu'elle devait encadrer ne reposait pas sur les mêmes ressorts : « Par exemple, ajoute-elle, dans certaines ONG, on trouve des jeunes très motivés, qui sont valorisés par ce qu'ils peuvent offrir et sont intéressés par les responsabilités et l'autonomie offertes. Sans parler de la découverte d'un monde nouveau, de l'étranger. Ce sont en général des jeunes très diplômés, bilingues, etc. Mais ces personnes sont là pour un temps, puis elles rejoignent le secteur classique. Le principal problème de ces structures est de parvenir à fidéliser leurs salariés. »

Rien à voir avec le domaine médico-social, où travaille actuellement Delphine Dutto : « J'y croise plusieurs types de profils. Certaines personnes sont là sans l'avoir vraiment choisi. Elles sont en général peu diplômées et trouvent un travail dans le secteur par hasard. Après, elles accrochent ou pas. C'est en effet éprouvant, nous sommes confrontés à un public difficile, parfois agressif. Les progrès sont très lents, il faut faire beaucoup d'efforts. A mon sens, il faut avoir une motivation vraiment à long terme. » Mais avec l'âge, la fatigue peut se manifester, et les attentes salariales ont tendance à devenir plus importantes.

Entretenir la flamme

Comment entretenir la flamme, préserver cette motivation intrinsèque ? Pour Mathieu Narcy, l'équité salariale est un élément important : « En effet, la discrimination salariale à l'encontre des femmes, élément important au sein du secteur associatif puisque deux salariés sur trois sont des femmes, est presque deux fois moins importante que dans le secteur privé. Par ailleurs, cette plus faible discrimination concerne toutes les femmes de l'associatif, quelle que soit leur position dans l'échelle des salaires. On constate également qu'elles se heurtent à un effet "plafond de verre" moins marqué. »

Autre enjeu : l'effet des mécanismes incitatifs. Les primes ou les promotions à la performance ont peu d'impact dans le secteur associatif. L'opinion des collègues, en revanche, semble être un élément plus motivant. Fort de ces résultats, Mathieu Narcy en tire la conclusion suivante : « Les dirigeants associatifs doivent veiller à préserver leur avantage comparatif qui repose sur l'existence d'une motivation intrinsèque plus élevée chez leurs salariés. Etant donné la possible éviction de ce type de motivation lors notamment de la mise en place de primes de performance, il ne faudrait pas que, dans leur souci de professionnalisation, ils adoptent les mêmes méthodes de gestion du personnel que celles mises en place au sein des entreprises privées. Cela reviendrait en effet à ignorer la spécificité de la motivation au travail de leurs salariés. »

Fabrice Deschamps, délégué syndical CFDT à l'Association de sauvegarde de l'enfance de Caen, est moins catégorique. Pour lui, il ne faut pas rejeter en bloc tout ce qui peut venir du privé marchand : « Refuser tout ce qui se rapprochait du modèle de l'entreprise nous a exonérés de travailler sur la prévention et les conditions de travail, regrette-t-il. Travailler au bénéfice de l'autre, sans compter ses efforts, même dans le cadre d'un métier-passion, n'est pas suffisant pour conserver la motivation. On risque d'aller vers les situations de rupture, de démotivation, etc. »

D'où la nécessité de ne pas négliger des outils tels que la formation tout au long de la vie professionnelle, la mobilité, l'amélioration des conditions de travail. « Nous avons pris beaucoup de retard, alors que ça fait longtemps que le monde de l'entreprise a développé la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences », ajoute Fabrice Deschamps. Et de conclure : « En tant que délégué syndical, je veux éviter à tout prix qu'un jeune qui rentre aujourd'hui dans notre secteur associatif se dise dans quelques années : j'ai passé la moitié de ma vie professionnelle dans un travail qui m'a tué physiquement » Spécifique, la motivation des salariés du secteur associatif n'en reste pas moins fragile…

Dernière mise à jour : 07/06/2018

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